Petites et grandes histoires du Collège Cévenol

Un lieu, quelques années, vus de notre adolescence

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Tuesday 19 September 1967

Le Collège à la fin des années 60

A partir de ce billet se déroule, dans un ordre à peu près logique, la description des lieux tel qu’ils m’apparaissaient en 67/68. Certains sont donc mentionnés comme "passés" (Les Heures Claires), d’autres comme "en devenir" (le Gymnase). Mais tous ont leur place. Puis suivent toutes les informations sur les élèves présents à cette période, puis ceux d’en deçà et d’au delà.

Beaucoup de questions initialement ouvertes dans les billets ont trouvé réponses dans les commentaires. Ils y seront inclus quand … j’en trouverais le temps. En attendant, vos nouveaux commentaires, vos suggestions, vos textes "clé en mains", vos documents, vos photos sont les bienvenus ! Je les mets en ligne au fur et à mesure de leur réception. Enfin presque, il faut que je travaille un peu tout de même !

 

L'internat

Nous avions comme il se doit un texte complet, remis aux parents, sur le fonctionnement de notre communauté. Une sorte de règlement formel. Tous ces détails ravivent bien des souvenirs, que ceux-ci soient liés au respect obligé de ces règles, ou à leur délicieuse transgression !

INTERNAT DE GARÇONS

CONDITIONS D’ADMISSION

  • Être admis comme élève au Collège Cévenol.
  • Être en bonne santé. Les jeunes qui ont besoin d’un régime ou de soins spéciaux ne peuvent être admis à l’internat.
  • Accepter de mener une vie simple.
  • L’éducation religieuse protestante étant une des raisons d’être de l’internat, le Collège ne peut y admettre que les jeunes qui, d’accord avec leur parents, tiennent à recevoir cette éducation.

ORGANISATION

  • L’internat est formé de plusieurs maisons d’une vingtaine d’élèves chacune. les chambres sont de trois ou quatre. Il y a une salle d’étude dans chaque maison. L’internat se repartit en trois ou quatre groupe dirigés par des maîtres d’internat secondés par quelques grands élèves surveillants.

INFIRMERIE

  • Une infirmière passe la journée à l’internat les maladies bénignes sont soignées en chambre, mais l’infirmerie dispose de lits pour les cas les plus sérieux.

VIE RELIGIEUSE

  • Tous les internes participent le dimanche au culte de l’Êglise réformée du Chambon. Le mercredi matin ils participent au culte du Collège et un ou deux soirs par semaines aux réunions ou cultes d’internat. Le catéchisme commence à 14 ans et dure 3 ans. les internes qui n’ont pas suivi en temps normal les cours de catéchisme dans une église protestante suivent un cours spécial.


ÉDUCATION MIXTE

  • Les classes sont mixtes. certaines activités du Jeudi et du dimanche après-midi sont communes aux filles et garçons.

SERVICES

  • Des services sont demandés aux internes (en particulier balayage des chambres et couloirs, service de table) ; leur durée moyenne ne dépasse pas une heure par jour. Nous estimons que ces petits travaux doivent faire partie d’une éducation équilibrée.

ARGENT

  • Les internes ne sont autorisés à garder que des sommes minimes. Ils doivent déposer leur argent auprès de leur maître d’internat et peuvent lui en demander au fur et à mesure de leur besoin.
  • Ils ne sont pas autoriser à recevoir directement de personne d’autre (même de leurs parents).
  • On ouvre a chaque interne un « compte d’internat » sur lequel sont prélevés : l’argent de poche, les dépenses de fournitures scolaire, de blanchisserie, d’infirmerie, les frais de voyage, les faux frais.
  • Le maître d’internat fixe le montant de l’argent de poche suivant l’âge de l’élève et les circonstances ; de toute façon le montant doit être modique.
  • Les parents voudront bien constituer pour ce compte une provision d’au moins 200 NF, soit par chèque bancaire barré, soit par le CCP. ... Au premier trimestre on voudra bien compter que les frais de librairie sont souvent assez élevés. Cette provision doit toujours être suffisante pour que le directeur d’internat n’ait pas à faire l’avance.
  • Un relevé détaillé du compte d’internat est envoyé aux parents à la fin de chaque trimestre.
  • Les objets de valeur doivent être déposés à la direction de l’internat.

VIVRES

  • L’internat assure toute la nourriture, y compris le goûter. Les élèves ne doivent pas avoir de victuailles dans leur chambre. en effet, nous ne désirons pas que les élèves prennent l’habitude de manger entre les repas prévus. d’autre part, l’abondance de friandises chez quelques internes accentuerait la gêne que créent entre camarades les différences de fortunes. Si, malgré tout, des internes reçoivent des colis, la direction de l’internat se réserve le droit de les faire partager à un groupe d’élèves.

BLANCHISSAGE

  • Une fois par semaine les élèves déposent à l’internat leur linge à laver ; il leur est rendu environ 10 jours plus tard. une lingère fait les raccommodages courants. (Les frais de blanchissage sont facturés sur le compte d’internat de l’élève).

FUMÉE

  • Il est interdit de fumer dans les chambres. Les internes de moins de 16 ans ne fument pas. On ne fume pas dans les bâtiments et sur le terrain du collège de 8h. 15 à 12 h. et de 14 h. à 15 h 45, (principales heures de classe).

POSTES DE RADIO ET ELECTROPHONES

  • Nous préférons que les internes n’en aient pas au collège ; de toute façon, ils doivent s’en servir assez discrètement pour ne pas générer leurs voisins, et jamais aux heures réservées à l’étude ou au sommeil.

BICYCLETTES

  • Les internes peuvent apporter leur bicyclette, à condition qu’elle soit en bon état de marche (en particulier phare et freins), et qu’ils se soumettent aux quelques règles qui leur sont indiquées.

SKI ET LUGE

  • Il arrive que les élèves qui n’ont jamais pratiqué ces sports empruntent des skis ou des luges à leur camardes. c’est pourquoi nous recommandons vivement à tous les parents de souscrire à l’assurance facultative « sports d’hiver » (voir feuille spéciale).

TÉLÉPHONE (N° 175)

  • Les appels téléphoniques particuliers compliquent sérieusement le travail du personnel du Collège. les parents sont priés de n’appeler leurs enfants qu’en cas de nécessité. la dispersion des bâtiments du Collège empêche qu’un élève puisse être atteint aussitôt. le plus simple est de dicter à la secrétaire qui répond au téléphone (de 9 à 12 et de 14 à 18 h. sauf le dimanche) un message qui sera transmis à l’élève, ou de faire avant midi un appel téléphonique pour que l’élève rappelle entre 16 et 17 h.

VISITES

  • Les parents peuvent venir voir leurs enfants lorsqu’ils le désirent, à condition que l’élève ne manque ni cours, ni étude, ni culte, ni, le cas échéant, l’exécution d’une punition. En le demandant assez à l’avance au maître d’internat, les élèves pourront être autorisés à prendre un repas au village avec leur parents, mais non à y coucher (sauf cas exceptionnel). Nous signalons aux parents que des visites trop fréquentes ne sont favorables ni aux études, ni à l’adaptation à l’internat.

VACANCES

  • L’internat est fermé pendant les vacances de Noël et de Pâques et, pendant l’été, avant et après les cours de vacances. Si les élèves ne retournent pas alors dans leur famille, les parents doivent prévoir le lieu et l’emploi des vacances de leurs enfants et donner à ce sujet des indications précises à la direction de l’internât. Nous déconseillons de laisser les élèves dans une pension du Chambon pendant les vacances.
  • Les parents doivent envoyer au moins 15 jours à l’avance le prix du voyage de leurs enfants.

TROUSSEAU

  • Le trousseau doit être en bon état et marqué au nom entier de l’élève. Les élèves gardent leur trousseau dans l’armoire de leur chambre. En plus de la lingerie et des vêtements habituels, suffisants pour un climat rigoureux, nous demandons :
  • 1 paire de pantoufles
  • 4 serviettes de table et 2 poches
  • 1 paire de bottes de caoutchouc
  • équipement de sport : chaussures de basket ou de tennis, short et maillot (si on doit les acheter de préférence bleu roi à parements blancs), sweat-shirt (ou tricot, ou survêtement), socquettes ; slip de sports ;
  • nécessaire de camping contenu dans un sac (assiette, couvert, quart), utile aussi en cas de maladie ou de veillée de classe.
  • 2 sacs à linge sale
  • 4 draps (pour lits de 80x190 cm)
  • 4 couvertures (ou 2 couvertures et un édredon)
  • Le collège ne fournit pas d’oreiller.
  • En outre, chaque interne doit avoir une Bible et un Cantique « Louange et Prière ».

Regl-Int-p1.jpg

Les « maisons »

L’internat est formé de plusieurs maisons d’une vingtaine d’élèves chacune. Les chambres sont de trois ou quatre. Il y a une salle d’étude dans chaque maison. L’internat se repartit en trois ou quatre groupe dirigés par des maîtres d’internat secondés par quelques grands élèves surveillants.(Règlement de l’internat de garçons)

Pour nous c‘était plutôt les « baraques ». Baraquements en bois posées sur plots de ciment pour la plupart. Ils avaient été construits après guerre à l’aide de dons de pays amis. Mon père avait participé en 48 au montage de l’un d’entre eux. Dans ces fameux chantiers de jeunesse. Corps de volontaires dans la lignée des scouts unionistes et des étudiants de théologie ou de philo, enthousiasmés par Paul Ricœur rencontré à Strasbourg alors qu’il venait d’enseigner trois ans au collège.

Nous étions répartis par classe, voire par génération. Les « jeunes » étaient plutôt en bas, a proximité de la maison du maître d’internat : Mayer !A l’autre bout du domaine (500 mètres !), il y avait le dortoir des filles. Le Milflor. Compact et sécurisé. Chaque baraque avait un nom exotique, au sens incertain et à l’orthographe semble-t-il évolutive au long des années : Modzanga, Bonkoya, Kaïna, Taïga, Cosmos. J’en ignorais les sens cachés, je les cherche encore aujourd’hui.

Mais il y avait aussi un certain nombre d’internes "externalisés", faute de place ou soucieux de plus d’indépendances, en pension chez les particuliers alentours. Des professeurs notamment. Seul, à 2 ou 3, ou à une vingtaine !

 

Modzanga

CP-CCev-Modz-Cim.jpgModzanga ? D’où vient ce nom ? Il existe quelques patronymes ainsi orthographiés avec un « z » ou un « s ». Mais c’est une orthographe très proche, Matsanga, qui est la plus répandue. Son origine est manifestement d’Afrique centrale. Du bassin du Congo. Allitération volontaire ou déformation occidentale ?

Je venais du Congo et c’’était le nom de mon bâtiment à moi ! En 67/68. En sixième. Tout en bois. Genre préfabriqué militaire démontable. Peut-être plus récent que les autres ? Les chambres étaient de quatre. Les lits en bois se rabattaient dans un "cosy" et permettaient de déplier une table en guise de bureau. Je trouvais ça très pratique, très moderne. Ingénieux. Maiis moi, je fus au début dans la seule chambre de trois, la dernière. Juste avant l’étude. Le premier lit, en entrant. Dans le passage quoi ! L’entrée de la baraque se faisait de l’autre coté, avec les lavabos et toilettes à droite, puis le couloir à gauche tout du long desservant les chambres et au fond la salle d’étude. Il y avait une chambre pour le surveillant : la "piaule". Un élève de terminale généralement. Nous bénéficiions de la chaudière située dans la baraque d’à coté. Air pulsé je crois, plutôt que radiateurs. Hum, j’ai un doute.

Bonkoya

Le_Batisco_et_l_internat__3_.jpgBon-Koya, Bonkya, Bonkoy, l’orthographe a évolué au fil du temps. Assonance ou invention ? On peut lui trouver quelques racines guinéennes avec Bunkaya, ou retenir Bancaja pour lui trouver une possible origine hispanique, tant cette orthographie y est plus commune encore.

En cinquième, à Bonkoya, je suis allé dans ce bâtiment d’à coté du premier, moitié en bois sur un seul niveau, moitié en dur, sur deux étages. Je dormais dans l’aile en bois latérale. Chambre B5. Une chambre « standard » à quatre. Quatre armoires accolées séparaient les deux lits coté fenêtre et faisaient face à la porte. J’avais une des fenêtres, primauté de l’ancienneté. Dans un petit « coin » qui devint le mien. Là aussi il y avait une salle d’étude, coté dur !

Sur cette photo de basse définition, on distingue bien Modzanga sur la droite au premier plan, et juste derrière à gauche, Bonkoya. Au-dessus, alignés, Taïga et Kaïna sans doute. Cosmos derrière. Ou l’inverse ? Au fond la maison de Garnier. Et sur sa gauche le Batisco. La première maison de l’autre coté de la route longeant Modzanga, c’est celle de Mayer. Les autres je ne sais plus.

Kaïna

L’origine kabyle et musulmane de Kaïna est plus attestée. Il s’écrit aussi Kayna ou Kahina. La Kahina fut une princesse berbère. Une grande guerrière.

Kaïna était au-dessus de Bonkoya, recouverte d’écailles de bois. Mon frère y était en 67/68, avec les 4°. En 68/69 il est descendu à Modzanga alors occupée par les sixièmes et cinquièmes. Comme quoi il n’y avait pas forcement de continuité d’une année sur l’autre.

 

Taghea

343_001.jpgOu Taïga, ou Tagheia Djellaba. Comme sa voisine, l’origine du nom de Taghea est maghrébine. C’est notamment un village marocain. Pourquoi y avoir ajouté la djellaba ?

Taïga était construite sur le même modèle que Modzanga.

J’aimerais bien connaitre l’histoire de chacune d’entre elle. N’y a t-il donc jamais rien eut d’écrit à ce sujet ?

Cosmos

Une étymologie qui ne fait pas question. Ce qui demeure en interrogation, c’est qui, comment, quand, pourquoi ces mots là ?

Et surtout pourquoi et comment ne pas avoir su en transmettre le sens ?

Cosmos, la dernière baraque je crois (non ?), tout en haut, avant les bois. Je n’y ai guère mis les pieds.

 

Photos prises par Robin Symonds. Mais qui sont sur les photos ?

Luquet

Le nom de la ferme a-t-il donné son nom au chemin ou l’inverse ? Héritage local, le nom est antérieur au Collège. C’est un patronyme dérivé de Luc dans le centre de la France. Mais une vielle carte postale l’identifie comme ferme de Luguet. Erreur typographique ?  A défaut ce serait une agglutination de l’Huguet, diminutif de Hugues... 

Une ancienne ferme, donc, transformée en bâtiment d’usages administratif, réfectoire, gymnase et salle de réunions. Pour nous, c’était avant tout la cantine. A environ 300 mètres des dortoirs, tout de même. L’hiver, au petit matin comme à la nuit tombée, le sentier se pratiquait à la lampe de poche s’agitant comme autant de lucioles, qu’il vente, pleuve ou neige. C’est dire que le porridge et le chocolat chaud étaient avalés avec bonheur. L’hiver nous faisions des combats d’épée avec les immenses stalactites qui descendaient du toit. Défiant l’interdit des glissades, nous jetions les cruches d’eau dans la petite pente à sa sortie afin d’entretenir les deux mètres de piste de glace... Seul le déjeuner de midi était mixte. Une ségrégation prudente régnait encore aux heures trop matines ou crépusculaires... Non-mixité qui faisait d’ailleurs débat. Il y avait deux services. Autre ségrégation ?


Mesquinerie : 7 morceaux de viande ont disparu à Luquet : engueulade entre maitres d’internat. Quelle abomination, en effet, quand on songe à la perte. Confiance : on compte les élèves au repas. Il manque des cartes de présences. Propreté : Ne pourrait-on pas avoir la joie de manger dans une vaisselle propre ? (CFD 67, page 10, « Questions », signature illisible)

Le réfectoire. Etait-ce bien Luc Olivier Barriol qui en était le cuisinier ?

Servitudes

Des services sont demandés aux internes (en particulier balayage des chambres et couloirs, service de table) ; leur durée moyenne ne dépasse pas une heure par jour. Nous estimons que ces petits travaux doivent faire partie d’une éducation équilibrée. (Règlement de l’internat de garçons)

Je me souviens vaguement du rangement des chambres et des coups de balai mais guère plus. Je ne me souviens du service de table... Peut-être que mon jeune âge me mettait encore à l’abri d’une activité plus dense dévolue aux plus grands.

Libations

L’internat assure toute la nourriture, y compris le goûter. Les élèves ne doivent pas avoir de victuailles dans leur chambre. En effet, nous ne désirons pas que les élèves prennent l’habitude de manger entre les repas prévus. D’autre part, l’abondance de friandises chez quelques internes accentuerait la gêne que créent entre camarades les différences de fortunes. Si, malgré tout, des internes reçoivent des colis, la direction de l’internat se réserve le droit de les faire partager à un groupe d’élèves. (Règlement de l’internat de garçons)

Bien sur nous « cantinions » aussi, comme en prison. Il y avait nos consommations gourmandes et instantanées, au village. Les achats remontés le dimanche ou livrés par nos amis externes, cachés au fonds des armoires, partagés un peu dans les chambres, mais surtout dans les tripots clandestins des baraques ou dans les cabanes secrètement aménagées dans les bois. Et puis il y avait le Cokos !

Le Cokos

De quand date le Cokos, et d’où vient ce nom ? Où était-il exactement d’ailleurs, ce lieu à moi interdit ? Dans un des baraquements des grands ? Dans une baraque distincte ? En voici un témoignage d’époque :

Jeunesse effervescente du second cycle, avide de grand air, se donne rendez-vous au Cokos. Bousculade juvénile. Tout le monde parle, s’interpelle, fume, mange, boit, se décortique du regard.

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Clopage

Il est interdit de fumer dans les chambres. Les internes de moins de 16 ans ne fument pas. On ne fume pas dans les bâtiments et sur le terrain du collège de 8h. 15 à 12 h. et de 14 h. à 15 h 45, (principales heures de classe). (Règlement de l’internat de garçons)

A part ça, la relation au tabac était bien différente d’aujourd’hui. Mon frère reçois de mon père, pour son 14ème anniversaire, une pipe et ses accessoires ! Les cigarettes se fumaient allègrement. Elles n’étaient pas chères et moins chères que les pas chères, les P4 étaient à portée de toutes les bourses. D’autres fumettes allaient bientôt s’épanouir au collège, mais, là, c’était encore juste avant. Ou c’était encore très discret. Sauf témoignage contraire.

Les cabanes dans les bois

Nous entretenions d’extraordinaires cabanes dans les bois. Réinvestissant sans cesse la plus élaborée d’entre elle. Creusée dans le sol, recouverte de terre et de feuilles, charpentée de branchages, son entrée camouflée par une trappe. Ces jeux appartenaient surtout aux plus jeunes, les plus grands les abandonnaient, d’une année l’autre. De génération en génération, nous nous transmettions des mots de passe juvéniles, inutiles, mais fédérateurs « TONTETATILOTETATOU ?», dont seule une nécessaire maturité linguistique permettait d’en comprendre le sens et donc d’en retenir l’expression sans faillir. Et la bonne réponse devait être « OUIMONTEMAOTEMATOU ».... En réserve, nous avions aussi "BAISS’TAGAIN’BERT’KEUJ’TAT’", mais là c’était déjà plus ardu... Nous pouvions encore glousser de cet humour de gamin. Transition transgressive avec les blagues de toto qui avaient imprégnées nos classes de primaires.

Nous avons construit une cabane sensas dans les bois. Elle est creusée dans la terre avec des branchages dessus. On entre par une trappe, on se trouve dans le couloir, on avance, on arrive dans une vaste salle de 5m² environ. Avec cuisine et grand salon. On a un réchaud à gaz, du café, du lait, du sucre, des petits gâteaux, un magnétophone et des livres. J’ai invité Christine l’autre jour et elle a trouvé cela formidable et on est resté quatre heures à discuter. En écoutant des disques. (Lettre de mon frère Olivier à mon père 16 mai 68)

Le gymnase actuel a détruit cet extraordinaire terrain de jeu et de liberté. La première pierre fut posée (je crois) en 69, détruisant à jamais les vestiges de nos aventures imaginaires qui n’existent plus que dans nos fragiles mémoires.

Salle François Lods

Au dessus du réfectoire il y a avait une grande salle multifonctionnelle. S’appelait-elle déjà François Lods ? Pourquoi s’appelle-elle ainsi ? Je ne sais pas.

C’était alors encore notre gymnase. Et surtout notre salle de ciné club. Mais elle servait aussi à réunir tous les élèves, notamment en début d’année. Sacré pagaille. C’était notre salle de conférences. Je me souviens ainsi de la venue d’Alain Bombard, qui vint nous transmettre son témoignage sur la traversée de l’atlantique en zodiac. Il m’avait sensibilisé à l’écologie par sa surprise de rencontrer, déjà, tant de déchets plastiques au milieu de l’océan !

Le Ciné Club

Nous y avons découvert tant de films. Je voudrais bien en retrouver la liste. Je sais qu’il y eut entre autre les films d’Eisenstein : Yvan le Terrible, Alexandre le Grand. Ou « Hiroshima mon amour » de Jean Renais (1959).

Le cinéma est un art et le Ciné Club devrait être un musée du cinéma ; c’est à dire, qu’on devrait y examiner des valeurs émises. Aussi, la projection d’un film devrait susciter de la part des cinéphiles un respect envers l’auteur dont l’œuvre leur est présentée. C’est pourquoi ceux qui lancent des mots tels que : « ce film est un navet »... « C’est mièvre »... (entendu lors de la projection du film de Donskoï, « Le cheval qui pleure »), font preuve d’un jugement aussi attentif que peu profond.

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Le Gymnase

Le notre était donc là, au-dessus du réfectoire. Face au stade. Avec quelques vestiaires surement. Je me souviens surtout de ces cordes dont je n’ai pu enfin atteindre l’attache qu’en fin d’année. Grande victoire pour moi. Même la corde à nœuds me posait problème.

Le nouveau Gymnase n’a été construit que plus tard. 69, 70.. ? Assassinant nos cabanes.

Le stade

Le stade se trouvait derrière le Luquet. Face au gymnase. Pour moi, c’est le souvenir de l’apprentissage sans conviction de la gymnastique : saut en longueur, en hauteur, lancé du poids, grimpé de corde, course à pieds. Peu sportif je me souviens de mes difficultés à comprendre comment il me fallait opérer pour réussir à sauter en hauteur. Les sports collectifs étaient ma hantise. Lieu de ségrégation impitoyable à l’égard des moins vaillants. J’échappais heureusement à ces terribles humiliations qui frappent ceux qui, au terme de la constitution des équipes, n’ont été choisis par aucun des deux capitaines auto désignés (des forts en gueule, des fiers à bras). Je trouvais ces jeux violents, physiquement et psychologiquement. Mais ce jugement n’était pas un atout, même dans ce collège, disciple de la non-violence. La lisière du bois n’était pas loin, propice à l’école buissonnière.

 

Sur cette carte postale envoyée à mes parents, on distingue bien sur Milflor, au premier plan, puis, juste derrièrre, les batiments du Luquet. Deux sont alignés, le troisième est en biais. C’est au rdc de celui-ci que se situait le refectoire. Au-dessus, le stade, avec le terrain de foot, à sa droite un terrain de volley, puis des terrains de tennis. Au dessus d’eux le Batisco. Plus haut on perçoit les autres batiments scolaires. Au delà c’était la piste de luge dans les bois. Nos cabanes se situaient dans cette forêt, entre le stade et la batisco. Hors de la carte, sur la droite, se trouvaient les baraquements de l’internat des garçons

Les autres terrains de sport

En contrebas, il avait donc un terrain de Volley. Puis des terrains de tennis ? En terre battue ? Je ne me souviens pas de les avoir foulé un jour. Quoi d’autres encore ?

L'equipe de Volley

Le Volley était bien actif, c’est sur, puisque le CFD n°68/69, paru en mars 68, « offre ses vives félicitations à cette équipe internationale et à son entraineur dynamique Jean Yves Lods. Membre de l’équipe : « Solo » (Madagascar), J. Haiba (Mauritanie), A. Ekalle (Cameroun), Humbert, Privat, Tribalet, Nicolas, Gluck, L’Herbier (France). Et maintenant bon courage pour le championnat national !!! »

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